Cnamide Sigwarth

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Cnamide

Soirée d'anciens élèves
(anachronisme : le vouvoyement était d'usage, mais avec l'esprit de camaraderie)


dont acte 1
      extrait

Bureau  avenue Franklin Roosevelt  Paris   (1953)

Alberti - ….  Nous amuser, une soirée d'anciens élèves, avec tes questions  tordues sur notre sens cosmique dans un réchauffement de la Terre !  passe...
mais laisse ça à ceux qui en vivent ..

Sig - excuse-moi, mais je suis entraîné par la logique interne du sujet

Alberti – Logique, dans les fumées du spéculatif !   tiens,.
rien que ton diagramme de phases, (il montre du doigt) ..là où tout le monde écrit   Liquidus et Solidus, tu écris .. "Imaginus" et "Realus" !  


 
 
 
 
 

Ce diagramme me permit la première critique de
"L'histoire de la folie" de Michel Foucault.
En affectant l'axe gauche aux praticiens et l'axe droit aux théoriciens
on nuance en phases cette double évolution aboutissant à l'eutectique
de la nouvelle psychiatrie et interroge sur la suite de Freud et Jung.

Diagramme Fer-Carbone



(Tout état a autant de diagrammes de phases)
(qu'il a de relations avec d'autres états)


Avoue que ton cerveau sort des sentiers battus ! moi, je  trouve ça illuminant et je suis ton adepte,
quoique  j'écrirais "Désirus" qui est un  manque psychique et "imaginus" un plus qui trouble les têtes,
mais  tout ça c'est analogique.. alchimique .. symbolique.. où est le rationnel ?

Sig - tant que le modèle symbolique aide à l'analyse, il est  un guide ..
que tu lis très bien, et je retiens  "Désirus",

Alberti -  bien sûr .. mais comme tu t'y prends, personne n'achète ta littérature ..
alors .. tu produis de l'inutile et tu me reviens claqué ..

Sig (indigné) ah ! n'inverse pas les faits,   je me suis claqué chez toi
à remettre de l'ordre dans tes dossiers à suivre. calculs à revérifier, devis à faire

Alberti – j’sais bien tout ce que tu as fait ..
……………………………
tiens, tu vois dans ton diagramme de  l'Imaginaire, (il saisit la feuille)
il y a une chose qui me frappe

sig  - ah ! bon ?...

Alberti - C'est l'étroitesse de la réalité, réduite à presque rien...
à ce pincement...  au-dessus, c'est les vapeurs de l'imagination..
en-dessous, des grains agglutinée de souvenirs, d'entreprises et de ratés..
entre, on vit dans cette faille  incompréhensible, entre  l'imaginus et le  "realus"..!
A se demander si le Réel n'est pas qu'un épiphénomène,
désagréable pour beaucoup, des vaps de l'Imaginaire,

Sig - le cas où mon corps, support de mon imaginaire,
rencontre le corps, support de l'imaginaire des autres.-  

Alberti - et à ce contact, les uns refluent carrément au-dessus, dans le cinéma, romans, voyages, décors .. les autres se précipitent sous le "realus" : conformisme, souvenirs, ressassement .. moi, tu vois,  je tends toute mon énergie pour me tenir entre les deux..  c'est là que le monde se construit..


Sig -
acrobatiquement


Alberti -
oui, c'est ça, acrobatiquement et plus.. écartelé ..  toi, tu planes au chant harmonieux des sphères des hautes théories thermiques .. tu assommes ce pauvre Fumagalli d'équations transcendantes, (pouffant)
qu'il en dessine des pierres tombales sur son sous-main !

Sig -
je le forme comme technicien ... à ta demande ...

Alberti -
soit ! mais finalement .. dans tes calculs d'installations tu finis par quoi ?.. par l'eutectique de données empiriques et d'équations pragmatiques de Messieurs Pacher et Fouillon, fondateurs de la maison !.. Adieu les sirènes théoriques, tant que tu n'inventes pas mieux ...

Sig - tu as les tiennes .. la diplomatie, l'onctuosité, le "savoir y faire", l'observation des hommes .. mieux :  l'imitation de Talleyrand ! .. chez Pacher et Fouillon !  .. et chez "Notai" où tu as un pied.. boiteux.

Alberti - c'est un modèle .. toi, tu as pris Goethe .. moi, Talleyrand, il m'aide à me personnaliser, à écouter les hommes, leurs rêveries .. pour combiner mon  action .. réussir .. en partant de cette molle réalité humaine...
Sig - ce sont aussi des chants de sirènes !..
l'un promet ceci .. l'autre cela ...
Alberti - t'as pas compris .. moi je n'écoute pas les voix .. ça c'est côté "imaginus",
je les compte et mon opinion est faîte..
ça c'est côté "réalus".
Sig - et si les intérêts changent ?
Alberti - je dis "Ah, on peut voir les choses comme ça"
Sig sourit
Alberti - Faut pas rire; c'est cet ajustement qui décide finalement  de  mon avenir dans la boîte .. de la technique qu'on y vendra  .. et par ricochet : si j'ai besoin de toi ou pas .. un ingénieur on en trouve toujours en mettant le prix .. comme j'peux pas pour le moment ..

Sig - c'est la finance qui te commande ..
Alberti - et le commercial ! si tu avais eu le sens du  commerce avec ta Flacine, tu ne serais pas ici ni resté chez toi  à attendre les commandes derrière ta table !.. et entre  nous tu aurais mieux fait de la donner à ton industriel ..
Sig - c'était une cochonnerie de laboratoire, qu'en avait-il à faire ?
Alberti - il avait les relations.. Longuève c'est des pistons ..
et toi, cnamide, t'avais pas les entrées !

Sig  - j'avoue qu'à quatre ingénieurs, physique et chimie,  et un commerçant, nous n'étions pas doués ..
Alberti - ou bien, on t'a roulé, mon vieux ..
t'as préféré voir l'Asie et tes "illuminations" !
Sig - pardon ? ..
Alberti - au bon sens du terme ! toute découverte illumine.
J'ai pas dit "hallucinations" .. Les initiateurs sont de grands Illuminés,  après il y a les Initiés .. et puis les Philosophes qui  ergotent.. Qu'est-ce que tu vas te prendre pour l'un d'eux !  
Fais de la politique, c'est ton droit, ça passe partout.
Et entre camarades nous savons bien que tu dis du vrai de la planète,
mais ça hérisse le poil d'un certains milieu..


dont acte 2

Crise de logorrhée 1956

- Tu as dit tout ce que tu avais à dire dans les deux  premières pages : l'Homme est un "moyen cosmique" !  
fini  l'anthropocentrisme ! ça a des airs de folie chuchotée aux  oreilles de ceux qui ne sont pas prédestinés à comprendre ..   mais pour moi c'est tonique et je vois bien qu'avec tes  "structures d'évidence" pour convaincre, tu fuis dans des subtilités pour intellectuels que tu essaies de racoler .. au lieu d'enfanter l'avenir dont ta tête est grosse.
Ah ! si mon ventre pouvait produire un digne héritier  comme je le formerais à dominer .. à mener les hommes à leur destin .. à être un esprit supérieur, séducteur, tentateur .. un vrai philosophe nouveau .. toi, tu n'y connais rien, rien ..
je t'ai fait dîner avec Monsieur le Curé .. tu as été correct,  c'est exact .. mais réalise que tout ce que tu lui as dit
et diras  ne compte pas .. Sacrifizio dell'intelletto ..
Naïf ! c'est lui qui observait tes travers, ton argumentation  et non toi la sienne .. Ainsi il a repéré quelques gros traits qui te caractérisent et dont les rumeurs de nos réseaux propageront le code induisant dérision, rire, mépris, indignation ; surtout si c'est un appel d'argent.
Les pauvres doivent le mépriser et donner aux riches qui  le conservent selon notre sagesse, dans notre réseau.
Tous réflexes que nous conditionnons. T'es vraiment niais de  croire qu'on te lira pour t'étudier et critiquer ..
UN jésuite, chargé de cela, oui, ou UN dominicain .. qui se feront une opinion  probable, repéreront une note,  
un mot de travers dont nos fidèles   en chœur s'esclafferont ou s'indigneront .. et, par la magie de la   foi du nombre, l'opinion deviendra certaine.. on saura qu'on doit jeter de mépris  ton papier et tout le public suivra sans l'avoir regardé.. voilà, comment on élimine les gêneurs, jamais de  bruit ni de fureur.
Notre langue religieuse crée, constitue l'ennemie, qui n'apparaît plus tel qu'il est en réalité, mais tel qu'on veut qu'il soit.
La vérité, c'est ce qu'on en dit, et rien ne nous force à tout en dire,
Ainsi nous disons la vérité au plus près de la personne, dont la réalité sera ce que nous en disons  

Aussi notre religion est magique !.. pour nous les mots précèdent la réalité affirmée.. on Prie..
Pour toi les mots se traînent impuissants après la réalité trompeuse qu'ils décrivent ! Nous, on dit et cela est !
toutes les bonnes façons de voir et faire doivent confirmer notre dire, qui devient la vérité !
C'est ça "bien" élevée, par les "bonnes" soeurs. Et tout ce que disent nos "bons" curés, cela sera !..
parce que nous le disons et répétons en chœur.. jusqu'à ce que cela soit.


 
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